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  • : Israël, ce pays qui pousse l'individu à la recherche de lui-même. Un voyage de retour vers l'Histoire, vers sa propre Histoire.
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27 novembre 2006 - Par Viviane Miles © Metula News Agency [Commentaire littéraire]
Sharon, avec honnêteté et justesse de ton
C’est un personnage dont la vie est intimement liée à celle de l’Etat d’Israël et au sionisme qui a inspiré à Luc Rosenzweig une biographie passionnante et extrêmement riche, parue récemment [1]. L’auteur, ancien journaliste à Libération puis au journal Le Monde, aujourd’hui collaborateur de la Ména, a déjà publié plusieurs ouvrages avant de s’atteler à l’histoire d’Ariel Sharon.
Voilà près d'un an que l'ancien 1er ministre d'Israël a été victime d'une hémorragie cérébrale. Si Sharon est sorti de la vie politique israélienne, provisoirement le 4 janvier 2006, puis définitivement au mois de mars, Ehud Olmert lui succédant à la tête du parti Kadima, puis du gouvernement, Arik, comme disent les Israéliens, n'en est pas pour autant sorti du cœur du peuple, rassemblé autour de cette figure emblématique, au-delà des clivages politiques ou culturels.
L'histoire commence en 1928, au mochav de Kfar Malal, avec la naissance d'Ariel Scheinerman, qui changera son nom en Sharon, à l'inspiration de David Ben Gourion. L'auteur dresse une peinture intimiste du cadre familial et de l'enfance de celui qui, des années plus tard, sera à la tête de son pays. Ses parents tiennent une place prédominante dans sa vie et incitent nombre de ses attitudes. Lorsqu'ils arrivent en Palestine, en 1922, quittant la Russie, « Samuel (le père) se considère comme un Juif regagnant sa patrie, alors que Véra (sa mère) se voit plutôt comme une émigrante fuyant la sienne. ». Si son père a transmis à Ariel son indépendance, sa persévérance et sa tradition, sa mère, elle, lui a transmis une méfiance envers l'ennemi, dont il ne se départira jamais tout à fait, malgré ses amitiés, sincères et remarquables, avec des Arabes et des Bédouins. Déjà en avril 1948, « Arik perçoit que les Arabes ne sont pas seulement des ennemis à combattre, mais des adversaires avec qui il est possible de négocier et, pourquoi pas, de s'entendre sur des questions précises, sans remettre en cause les principes sacrés des uns ou des autres. Inversement, le sous-lieutenant Scheinerman fait l'expérience qu'un papier signé par un chef arabe n'a qu'une valeur relative, dépendant du rapport de force du moment. ».
Entre les anecdotes et les légendes bâties autour du personnage, de l'enfant timide et maladroit à son engagement militaire, puis politique, se tisse l'étoffe d'un héros qui dévoile très tôt des prédispositions à diriger ; il entre à 14 ans dans la Haganah, l'armée de défense, puis dans les Gdudei Noar (bataillons de la jeunesse) : « C'est là qu'Arik révèle des talents qui transforment l'adolescent renfermé en un leader naturel, apprécié de ses instructeurs et respecté de ses camarades. ».
Luc Rosenzweig met en lumière des épisodes difficiles et parfois ignorés de l'histoire d'Israël. Ainsi en est-il de la description détaillée, aussi bien du point de vue militaire que du point de vue humain, de la bataille de Latroun, et de l'opération Bin Nun, au mois de mai 1948, lors du siège de Jérusalem par les troupes arabes. Sharon y est blessé. Bien plus tard, il confiera : « C'est alors que je sentis quelque chose de dur pénétrer dans mon ventre, si fort que j'en tombai en arrière. J'entendis ma bouche prononcer ‘Imah !' (maman), et dès que ce mot fut sorti, je regardai autour de moi, pour voir si quelqu'un m'avait entendu. Le sang coulait déjà à travers ma chemise et mon short, alors qu'une nouvelle blessure était apparue sur ma cuisse, comme par magie. J'étais allongé sur le sol, toujours lucide, mais sentant mes forces m'abandonner. ».
Lorsque Ariel Sheinerman donne à ses hommes l'ordre de quitter leurs positions, il ne prend pas encore la mesure du « traumatisme psychologique lié au sentiment de culpabilité d'avoir été contraint d'abandonner les blessés et les dépouilles des morts sur le champ de bataille, livrés aux violences et au pillage de l'ennemi. ». Cette expérience dramatique l'obsèdera au point de toujours ramener derrière ses lignes tous ses hommes, morts ou blessés, quel qu'en soit le prix à payer.
Les guerres se succèdent dans le petit Etat nouvellement créé, et le jeune Ariel prend du galon. Avec des hauts et des bas. Au fil de sa biographie, on découvre un personnage entier et indomptable, voire rebelle, qui ne se satisfait pas de compromis. Aussi apprécié par ses troupes que honni par ses supérieurs hiérarchiques, Sharon peine à se faire une véritable place au sein de l'armée. Stratège hors pair, ses compétences sont valorisées en période de conflit, mais son attitude n'est guère goûtée par l'état-major, qui ne lui pardonne pas son insubordination.
Sharon hésite quant à l'orientation de sa carrière. Plusieurs possibilités s'offrent à lui, dont des études universitaires, option que son père le pousse à choisir. Mais Arik a l'art militaire dans le sang, et il revient dans les rangs de l'armée, avant de considérer, sur les conseils de ses amis, son entrée en politique. Issu d'une tradition de gauche, héritée du mochav de son enfance, c'est cependant vers le Likoud qu'il se tourne.
Sa clairvoyance dans le domaine politique en fera un élément incontournable de l'histoire de son pays. Il n'est pas de décision importante au niveau de la sécurité où il ne fasse entendre son point de vue, qu'on l'écoute ou non, d'ailleurs. Ainsi en est-il de la guerre du Kippour, en 1973, où ses mises en garde ne sont pas prises en considération, jusqu'au moment de l'attaque, lorsqu'il est rappelé d'urgence à l'état-major.
Dès 1977, il sera tour à tour ministre de l'Agriculture, de la Défense, du Commerce et de l'Industrie, du Logement et de la Construction, des Infrastructures nationales, des Affaires Etrangères, puis premier ministre dès mars 2001.
Luc Rosenzweig raconte comment, sioniste jusqu'au tréfonds de son âme, Sharon prend conscience qu'il lui faut renoncer au « Grand Israël ». « Dès la fin des années 90, la perspective d'Ariel Sharon n'est plus le Grand Israël messianique des ultra-religieux, mais une sorte de « Moyen Israël » aux frontières redessinées en tenant compte des changements démographiques intervenus depuis 1967. ». Prémices qui l'amèneront au désengagement de Gaza en août 2005.
Sans tomber dans le travers qui consisterait à encenser Ariel Sharon sans recul, Rosenzweig décrit son ascension politique sans concessions mais avec honnêteté et justesse de ton, n'hésitant pas à noter que « Sharon n'a pas donné un exemple de droiture et de rigueur morale inflexible, car il fut peu regardant sur les moyens lorsqu'il estimait, à tort ou à raison, que la fin était juste au regard de l'intérêt supérieur de l'Etat. ». Il évoque aussi la « malédiction » de Sabra et Chatila, qui poursuivra Sharon et qu'il ressentira comme une injustice et une infamie tout au long de sa carrière sur la scène internationale.
Parmi les épisodes moins connus de sa vie, le biographe mentionne la mission d'Arik, en 1997, envoyé « à Amman pour négocier la libération d'agents du Mossad emprisonnés après une tentative ratée d'empoisonnement d'un dirigeant du Hamas, Khaled Meshaal. ». C'est à cette époque qu'il rencontre Abou Mazen. Rencontre cordiale, au cours de laquelle ce dernier, comme le souligne Rosenzweig, « décèle en Sharon un adversaire, certes déterminé, mais qui est en mesure, une fois un accord conclu, d'en faire respecter les clauses à ses compatriotes. ». Abou Mazen sera invité plusieurs fois dans la ferme d'Ariel Sharon ; les deux hommes se comprennent, s'estiment et partagent le goût de la terre.
En touches sobres et émouvantes, l'auteur de l'ouvrage aborde également les grands tournants de la vie privée d'Ariel Sharon. Les bonheurs et les victoires qu'il a connus. Ses voyages aux quatre coins du monde. Mais aussi les étapes douloureuses qui ont jalonné son existence : la disparition de sa première épouse, Margalit Zimmerman, dite Gali, dans un accident de voiture en 1962 ; puis la mort brutale de son fils aîné, Gur, dont il se sent responsable. C'est de cette période que datent des liens très étroits entre Sharon, pourtant peu proche de la religion, et le rabbin Loubavitch de New York, Mendel Schneerson, relations qui dureront jusqu'à la mort de ce dernier, en 1994.
Luc Rosenzweig signe ici une biographie qui est bien davantage qu'un ouvrage de plus sur le sujet, c'est une somme d'informations sans précédent sur un homme qui a marqué son temps et son pays de façon indélébile. A travers sa vie privée et publique, émaillées de nombreuses citations, de superbes photos et d'anecdotes parfois inconnues, à travers ses relations avec tous les grands noms de l'histoire d'Israël - David Ben Gourion, Moshe Dayan, Rehavam Zeevi, Yitzhak Rabin, puis Menahem Begin, Benyamin Netanyahou, etc. -, l'auteur porte un regard profond et objectif, mais aussi attachant, sur un personnage hors du commun : Sharon le bulldozer, Sharon le lion, Arik. Un ouvrage indispensable pour comprendre le pays et le peuple d'Israël.
Note :  [1] Luc Rosenzweig : Ariel Sharon, Editions Perrin, septembre 2006, 22,50 euros.

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Published by Haim - dans Articles
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