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  • : Israël, ce pays qui pousse l'individu à la recherche de lui-même. Un voyage de retour vers l'Histoire, vers sa propre Histoire.
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Pour ne pas oublier que ce qui se passe à Sderot a commencé par l'évacuation du Goush Katif.


Evacuation de Névé Dékalim en 2005
11 décembre 2006 1 11 /12 /décembre /2006 06:00

DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL JEAN-LOUIS TREMBLAIS.

logo FIGARO 
A l'occasion de la sortie en France du film «Une jeunesse comme aucune autre» (1), histoire de deux jeunes conscrites de Tsahal, «Le Figaro Magazine» a rencontré ces femmes qui servent sous l'uniforme israélien.
 
Le chemin serpente à travers le plateau du Golan, jonché de débris militaires : blindés éventrés, bunkers calcinés, carcasses diverses. Pas très bucolique. Les vestiges des féroces combats de 1973 entre Syriens et Israéliens. Au sommet d'un piton rocheux battu par les vents, le lieutenant Yfat, 21 ans, nous attend. En temps de guerre, elle commande une batterie de missiles. Selon les experts, c'est ici que pourrait se dérouler le prochain affrontement israélo-arabe. Au Proche-Orient, l'histoire se répète, comme un disque rayé... 
 
Ce qui n'effraie pas Yfat. Malgré son jeune âge, ce lieutenant est déjà un vétéran. Elle a connu son baptême du feu l'été dernier, lors des opérations contre le Hezbollah. Mais reste discrète, voire secrète, sur cette expérience. Pourtant, à en croire les artilleurs masculins, partagés entre respect et envie, «elle a tiré sur les positions ennemies pendant trois jours, sans discontinuer. Avec une précision maximale.» D'autant plus remarquable qu'elle n'est pas officier de carrière.
 
En effet, comme toutes les jeunes filles de plus de 18 ans, Yfat effectue son service militaire. La loi sur la défense nationale de 1949 stipule qu'elles doivent passer 24 mois sous les drapeaux (contre 36 mois pour les hommes). Cette période est portée à 3 ans pour celles qui, comme Yfat, choisissent d'être officiers. Les femmes mariées ou enceintes au moment de l'incorporation sont exemptées. Tout comme les religieuses orthodoxes qui souhaitent poursuivre des études bibliques. En 2006, elles représentent 30% des effectifs globaux (161 000 soldats, auxquels il faut ajouter 425 000 réservistes mobilisables en 72 heures). La réserve s'achève à 34 ans (46 ans pour les hommes).
 
Dans cette Sparte mixte qu'est l'Etat hébreu, la conscription féminine est ancrée dans les moeurs. Elle résulte à la fois d'une nécessité démographique - population bien inférieure en nombre à celle des voisins arabes - et d'une volonté politique. Car la fraternité hommes-femmes, l'esprit du kibboutz, est aussi l'un des mythes fondateurs du sionisme originel. A l'époque héroïque, celle de la guerre d'indépendance, les Juives jouaient déjà un rôle actif dans les organisations clandestines luttant contre les autorités britanniques : la Haganah (ancêtre des forces israéliennes de défense, dont Tsahal est l'acronyme hébreu), le Palmach, Etsel et Lechi. Certaines d'entre elles sont passées à la postérité, comme Geula Cohen, la speakerine inspirée de la radio pirate de Lechi, ou le colonel Stella Levy, patronne des auxiliaires féminines.
 
Cette égalité apparente et médiatisée - comme le note l'historien israélien Martin Van Creveld, «la force de défense était tout à fait consciente de la plus-value publicitaire à tirer du spectacle de femmes en armes» (2) - reste à nuancer. D'abord, la présence féminine dans les unités de combat est ultraminoritaire : 2,3% du total. On les retrouve essentiellement dans la police des frontières (10%), l'artillerie (12%), les formations NBC (nucléaire, bactériologique, chimique : 24%) et la DCA (33%). Encore aujourd'hui, malgré la féminisation accrue des forces armées, elles n'ont pas le droit de servir hors des frontières d'Israël.
 
Marina, 32 ans, médecin-chef dans un régiment de blindés, est l'exception qui confirme la règle. Cette brune au visage poupin, qui se refait une beauté avant l'interview - elle vient de passer la nuit en opération à Kalkilia, ville palestinienne -, est la seule femme ayant servi de façon continue à l'intérieur du Liban lors du récent conflit. «J'ai dû solliciter une autorisation spéciale, raconte-t-elle. Cela n'a pas été facile. Il m'a fallu comparaître devant plusieurs généraux et les convaincre. Je voulais être avec mes soldats, au front.» Dans sa «tankbulance», un char classique équipé d'une minisalle d'opération, elle a suivi tous les combats, soigné et sauvé une trentaine de blessés. Ce qui lui a valu de faire la une de la presse : «C'est ainsi que mes parents ont appris que j'étais au Liban.»
 
Autre différence avec les hommes : l'accès aux postes de commandement. Plutôt bien représentées chez les officiers subalternes (25% des lieutenants et 22% des capitaines), elles dépassent rarement le grade de colonel. Et il a fallu attendre 1994 pour qu'une femme soit nommée général... chargée des contentieux administratifs dirigés contre l'institution militaire. C'est d'ailleurs l'un des reproches qui reviennent le plus souvent dans la bouche de ceux ou de celles qui critiquent le système. Pour Vidi Bilu, l'une des deux réalisatrices du film Une jeunesse comme aucune autre «l'armée est une pièce écrite par et pour les hommes. En réalité, poursuit-elle, ils n'ont pas besoin des femmes et les cantonnent donc dans des tâches administratives, à la maintenance de la photocopieuse ou à la machine à café.»
 
Jugement un peu sévère. Certes, pendant longtemps, les femmes furent affectées à des occupations peu exaltantes, à des fonctions administratives, logistiques ou paramédicales. Et sans doute la majorité des conscrites continuent-elles de travailler dans les bureaux. Ne serait-ce que parce que la mixité exige la mise en place d'une administration parallèle et d'une réglementation spéciale (locaux distincts, examens médicaux réalisés uniquement par des femmes, etc.). Pierre Razoux, auteur de Tsahal, nouvelle histoire de l'armée israélienne (Perrin), estime ainsi que «20% des femmes qui servent dans l'armée auraient pour seule occupation de gérer leurs consoeurs».
 
Pour autant, les éléments les plus motivés ont une chance réelle de sortir des sentiers battus. Au-delà de la formation initiale (cinq semaines de classes, exclusivement entre femmes), elles peuvent désormais choisir des spécialités ou des responsabilités inimaginables dans n'importe quelle autre armée du monde. Celles que nous avons rencontrées (il est vrai dûment sélectionnées par Tsahal et s'exprimant en présence d'un membre du service de presse), sans jamais jouer les Rambos en jupons et bien loin du cliché de l'amazone belliqueuse, ne sont pas là pour faire de la figuration.
 
A Zarit, à la frontière israélo-libanaise, Li, 20 ans, travaille dans le renseignement militaire. Grâce à un réseau de vidéosurveillance, elle est chargée - avec une trentaine de consoeurs qui se relaient toutes les six heures - d'observer cette zone sensible et de repérer les infiltrations du Hezbollah. Le 12 juillet, jour où l'organisation terroriste a réussi à enlever deux soldats israéliens, elle était là. Et a vécu tout le conflit en direct sur son écran. Eprouvant : «Je voyais les tanks exploser en direct. J'entendais les cris des soldats à la radio. Quand on n'arrive pas à repérer un départ de missile ou de roquette - c'est notre rôle en temps de guerre -, on se sent parfois impuissant et un peu responsable. Mais personne n'a craqué. Au contraire, cela nous a soudés.»
 
Dans une base aérienne du littoral, Saray, 22 ans, s'est aussi trouvée au coeur des combats, de manière ponctuelle. Son job : le sauvetage héliporté. Infirmière, elle a effectué une demi-douzaine de missions sur le champ de bataille. «On allait chercher les blessés pour les ramener en Israël. Il y a eu plusieurs hélicoptères abattus. Mon pire souvenir : les combats de Maroun al-Ras. Je savais que mon meilleur ami était là-bas. On nous y envoie pour une mission. A un blessé, je demande de ses nouvelles. Son visage s'est figé. Il n'a pas répondu. J'ai compris que mon ami Yotan avait été tué.» Il y a aussi Michal, 21 ans, l'une des deux seules nageuses en profondeur de la Marine (elle plonge en scaphandre pour inspecter les coques des navires, à Haïfa) ; Osnat, 21 ans, instructeur sniper à l'école des Forces spéciales, qui apprend aux hommes à tirer pour tuer ; Shani, 20 ans, sergent dans la police militaire, qui a découvert douze tubes bourrés d'explosifs en fouillant deux adolescents palestiniens à un check-point près de Naplouse (et qui a reçu la médaille de l'Honneur pour cela) ; ou encore, moins spectaculaires mais tout aussi nécessaires, Natalie et Batel, de la police des frontières, qui patrouillent dans les rues de Jérusalem, contrôlant les identités des suspects et détectant les comportements douteux.
 
Ont-elles des états d'âme ? Peut-être. Mais pas devant le journaliste qui les interroge sur ce service militaire peu ordinaire, dans un pays où la guerre est rémittente. Réponse unanime : «En Israël, on ne se pose pas la question. On le fait, c'est tout.»

 

(1) Une jeunesse comme aucune autre, de Dalia Hager et Vidi Bilu. Sur les écrans à partir du mercredi 13 décembre.
 
(2) Les Femmes et la guerre, Editions du Rocher, 304 p., 21 euros.

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Published by Haim - dans Articles
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