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Pour ne pas oublier que ce qui se passe à Sderot a commencé par l'évacuation du Goush Katif.


Evacuation de Névé Dékalim en 2005
1 mars 2007 4 01 /03 /mars /2007 06:30
28 février 2007 - Par Masri Feki © Metula News Agency

Alors que la bipolarisation sunnite-chiite affecte l’échiquier politique moyen-oriental de plein fouet, l’affaiblissement de la Syrie contraste avec la montée en puissance de la République islamique d’Iran et de ses ambitions hégémoniques.  Les stratèges de Téhéran ont réussi aussi à tuer dans l’œuf ce qu’un éminent dignitaire du régime iranien, Hassan Abbassi, appelait « la tentation américaine de Damas ». Cette brève et timide tentation avait vu le jour en 2003, lorsque s’effondrait le régime de Bagdad et qu’Assad commençait à s’entourer de technocrates occidentalisés et de diplomates favorables au rapprochement avec les Etats-Unis.

Ces éléments modérés ont cependant été réduits au silence ou forcés de changer de ton. Téhéran avait en effet efficacement réussi à colporter la rumeur selon laquelle la Syrie pouvait faire l'objet d'une intervention militaire américaine après l'Irak.

Un autre événement a contraint la Syrie à se rapprocher de l'Iran, s'agissant de l'assassinat de Rafic Hariri, qui a détruit les ponts entre Damas et les pays arabes considérés comme modérés. Aujourd'hui ces régimes arabes s'éloignent progressivement de la Syrie. Le régime syrien a de la sorte perdu l'allocation annuelle de quelque 250 millions de dollars qu'il recevait de Riad depuis 1991. Et plus la Syrie est isolée, plus ses dirigeants sont évidemment dépendants du pouvoir iranien. C'est ainsi qu'en juin 2006 elle a signé un pacte de défense avec la République islamique. Ce traité donne un accès direct à l'Iran dans l'appareil militaire syrien, avec des relations conjointes des échelons supérieurs et moyens, une harmonisation des systèmes d'armes et de l'entraînement, et des exercices militaires conjoints. Selon les dispositions de ce pacte, toute agression contre l'un des deux Etats est considérée comme une agression contre l'autre. Une des conséquences de cet accord a été la multiplication par quatre du personnel militaire et sécuritaire iranien présent en Syrie [1].

Sur le plan de la politique intérieure, les réseaux de télévision et de radio iraniens diffusant en arabe sont maintenant accessibles dans tous les foyers syriens, alors que tout media arabophone non syrien y est interdit. L'Iran a accru les bourses offertes aux étudiants syriens, y compris pour l'entraînement militaire. Le nombre de ces boursiers est passé de 200 en 2001 à 3000 en 2006. Assad a également mis fin à l'interdiction faite aux Syriens de suivre des séminaires islamiques en Iran ainsi qu'à celle concernant la construction de centres culturels iraniens en Syrie.

Aujourd'hui, des centaines d'étudiants syriens poursuivent leurs études en Iran et onze centres islamiques chiites ont été créés en Syrie [2]. En septembre 2006, 17 000 Syriens suivaient des cours pour apprendre le persan et étudier la philosophie de l'imam Khomeiny. Le prosélytisme chiite est aujourd'hui autorisé en Syrie, permettant à des centaines de mollahs iraniens de convertir des sunnites au chiisme. La Syrie a, entre autres, accepté d'augmenter le nombre de pèlerins iraniens autorisés à visiter les lieux saints chiites de Zeynabyek, près de Damas, de 150 à 1000 visiteurs par jour. Certains irano-sceptiques affirment que ce pèlerinage ne serait en réalité qu'une couverture pour l'introduction dans le pays de gardes révolutionnaires (pasdarans).

Sur le plan économique, l'hégémonie iranienne se manifeste par une invasion des marchés. Des centaines de sociétés, des banques aux entreprises de construction, emploient des milliers de personnes dans un pays où le chômage est un mal endémique. L'Iran est devenu le second partenaire commercial de la Syrie après l'Union Européenne. Les femmes qui portent le voile et les hommes qui laissent pousser leurs barbes reçoivent des récompenses et des emplois préférentiels dans les sociétés iraniennes opérant en Syrie.

Enfin, dans le domaine de la sécurité nationale, la Syrie a procédé, pour la première fois en janvier 2007, à l'arrestation de réfugiés politiques iraniens et à leur extradition vers l'Iran où ils risquent la peine de mort [3]. Des extraditions qui s'inscrivent en flagrante violation des conventions internationales signées par Damas, au premier rang desquelles la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948. Il convient de souligner que les personnes arrêtées appartiennent à la minorité arabe d'Iran - 5% de la population perse - [4] et sont issues du Front Populaire Démocratique pour la Libération du Khouzestân, une organisation séparatiste panarabe que la Syrie de Hafez Al-Assad a soutenue pendant des années. Cette trahison des engagements pris dans le passé par Damas à l'égard de ces réfugiés démontre bien la faillite du régime alaouite et sa soumission sans limites aux ordres de Téhéran.

Cependant, même s'ils s'entendent sur de nombreuses questions, l'Iran et la Syrie n'ont pas les mêmes positions sur certains dossiers de premier plan. Damas accorde en effet une importance primordiale au problème de la création d'un tribunal international appelé à juger de son rôle dans l'assassinat de Rafic Hariri. Elle considère la question du nucléaire iranienne comme moins importante, sans pour autant la reléguer au deuxième plan. Pour sa part, Téhéran accorde la priorité au dossier nucléaire et considère la création d'un tribunal international comme une affaire marginale qui ne doit pas entraîner une aggravation de la crise libanaise ou des tensions régionales. Compte tenu de la concentration des troupes américaines dans la région (Irak, monarchies du Golfe, Afghanistan) et l'escalade des menaces américaines, l'Iran est incapable de focaliser sur autre chose que le dossier nucléaire. De son côté, la Syrie, qui subit des pressions internationales croissantes, n'est plus en mesure de penser à quoi que ce soit hormis au tribunal international et elle empêche ses alliés de se détourner de ce problème [5].

En Irak, l'Iran soutient ses alliés chiites, notamment le Conseil Suprême de la Révolution Islamique en Irak (CSRII), le parti islamo-chiite Daawa islamiya et l'armée du Mahdi de l'imam Moqtada al-Sadr. Dans le courant de l'année 2006, le leader du CSRII, Abdel-Aziz al-Hakim, a revendiqué, à maintes reprises, la formation, au sein d'un cadre fédéral, d'un Etat chiite dans le sud et le centre du pays. Si Téhéran voit d'un bon œil l'émergence d'une entité chiite irakienne, ces visées séparatistes suscitent de grandes inquiétudes à Damas. Car la Syrie redoute toute division de l'Irak, qu'elle soit de nature religieuse ou ethnique, à cause de la menace qu'elle ferait peser sur sa propre société, elle-même d'une grande diversité religieuse et ethnique.

Au Liban, l'Iran essaie de saboter l'influence syrienne, en marginalisant le parti Amal prosyrien de l'actuel président du parlement libanais Nabih Berri et en établissant des contacts directs avec le bloc chrétien el-Tayar el-Watani el-Hor (Courant Patriotique Libre), emmené par le général Michel Aoun. Téhéran use de son influence afin que Berri et Aoun se rangent sous la bannière d'un front conduit par le Hezbollah qu'elle contrôle.

Malgré cette succession de camouflets, la Syrie, qui a lié son destin à celui de l'Iran, continuera sans doute à appuyer la politique de Téhéran parce qu'elle n'a plus vraiment d'autre choix. En effet, si les deux pays n'ont pas les mêmes positions sur certains dossiers, ils ne pèsent pas non plus du même poids.

La grande alliance équilibrée entre un Iran et une Syrie tous les deux forts et égaux est une image dépassée dont Damas s'efforce de maintenir encore aujourd'hui les apparences. En réalité la Syrie n'est rien d'autre qu'un vassal de Téhéran. Le régime de Bechar Al-Assad est typique des dictatures arabes qui ne peuvent survivre sans le soutien d'une puissance extérieure. L'espace d'un bref moment, en 2003-2004, certains observateurs pensaient que la Syrie pourrait basculer dans le camp arabe pragmatique. Mais depuis, Assad n'a pas eu d'autre option que de se mettre sous la protection de la République islamique [6].

Notes :

[1] Amir Taheri, « L'iranisation de la Syrie », The Jerusalem Post, 2 novembre 2006.

[2] Notamment à Alep et à Latakieh.

[3] Il s'agit essentiellement de Mansour Hamad Mazraa, Faleh Abdallah Al-Mansour, Jamal Abdawi, Taher Mazraa, Abdelrassoul Al-Tamimi (condamné à mort) et Saïd Ouda Salki.

[4] Les Arabes iraniens sont essentiellement implantés dans les provinces frontalières, stratégiques et pétrolifères du Khouzestân (face à l'Irak et au Koweït), du Bushehr (face à l'Arabie saoudite) et du Hormozgan (face aux Emirats arabes unis et à Oman).

[5] Saleh Al-Qallab, « L'axe Téhéran-Damas : désaccords tactiques ou début de rupture ? », Al-Sharq Al-Awsat, 8 février 2007.

[6] Amir Taheri, « L'iranisation de la Syrie », The Jerusalem Post, 2 novembre 2006.

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Published by Haim - dans Syrie
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