Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Am Israël Haï
  • Am Israël Haï
  • : Israël, ce pays qui pousse l'individu à la recherche de lui-même. Un voyage de retour vers l'Histoire, vers sa propre Histoire.
  • Contact

Vidéos

  


 
 

 

Recherche

Fréquentation du blog

outils webmaster

 

 

Archives

à voir



Rah'em

Pour ne pas oublier que ce qui se passe à Sderot a commencé par l'évacuation du Goush Katif.


Evacuation de Névé Dékalim en 2005
1 mars 2007 4 01 /03 /mars /2007 06:19
Guy Millière © Primo-Europe, 28 février 2007

Voici un peu moins d’un an paraissait en France un livre qui s’est mal vendu et que, depuis, tout le monde a oublié. Je ne citerai pas ici le nom de ce livre, pas davantage que celui de ses auteurs. Ce livre mettait gravement eu cause divers intellectuels dont moi-même.

Ces intellectuels y étaient présentés comme des gens d’extrême-droite manipulant les Juifs français, en collusion avec des intellectuels et activistes juifs ayant, eux aussi, rejoint l’extrême-droite et travaillant pour le compte de l’Etat d’Israël. J’aurais pu réagir en déposant plainte pour diffamation. Diverses expériences passées m’ont incité à penser que ce n’était pas la solution requise.

J’ai préféré, et je l’assume, écrire deux articles dans lesquels je réfutais point par point les allégations contenues dans le livre. Je m’interrogeais aussi sur les motivations de ses auteurs, estimant que dénoncer des Juifs qui manipuleraient d’autres Juifs pour le compte d’un Etat étranger pouvait avoir aussi des conséquences et que salir la réputation de diverses personnes pouvait avoir des conséquences aussi.

J’ai décrit les procédés utilisés par les auteurs du livre : l’un d’entre eux m’avait contacté, plusieurs mois auparavant sous un faux prétexte et avait ensuite déformé mes propos. Il avait procédé d’une même façon avec d’autres personnes. Cela devait être dit.

J’ai utilisé, j’en conviens, le ton de l’indignation, qui fut longtemps celui des pamphlets publiés en France par divers auteurs dont François Mitterrand ou Jean-François Revel. J’ai utilisé un mot que j’ai trouvé dans les écrits philosophiques de Jean-Paul Sartre dans la jeunesse. J’ai usé aussi de mots que j’ai rencontrés en abondance dans la critique littéraire au fil du temps, tels qu’arrogance et cuistrerie. Des proximités évidentes existaient entre les allégations proférées contre moi par les auteurs du livre et un «rapport du Mrap» publié quelques années auparavant et, depuis, condamné par la justice: j’ai souligné, de manière véhémente, ces proximités.

Je m’attendais à ce que le livre me vaille de nouvelles menaces et insultes, et j’ai reçu, par mail, menaces et insultes, comme je m’y attendais. Leur nombre est resté limité, et j’ai relié cela au fait que le livre n’avait rencontré qu’un public limité.

Je m’attendais à une absence de réponse de la part des auteurs du livre (diffamer et se voir démasqué fait, en général, que l’auteur de la diffamation n’insiste pas), à la rigueur à une réponse écrite (bien que j’aie eu du mal à imaginer ce qu’elle pourrait être). Ce à quoi je ne m’attendais pas est ce à quoi je suis confronté aujourd’hui : une double plainte en justice. Pour injures et pour diffamation ! Plutôt que répondre sur le fond, les auteurs du livre ont choisi d’ajouter à la diffamation et à leurs très étranges méthodes de travail un recours à la démarche la plus procédurière. Je me garderai de dire ce que j’en pense et je craindrais qu’on déduise que j'ironise si je me hasardais à dire que cela montre qu’on a affaire à des journalistes très éthiques et très scrupuleux. On a, en tous cas, affaire à des gens chez qui la honte est un sentiment apparemment étranger.

Je ne sais si je serai condamné. Mais le strict et simple fait que je puisse être mis en examen pour avoir utilisé des mots qui se rencontrent de façon très courante dans la littérature pamphlétaire et dans la critique littéraire, voire dans la philosophie, me semble très inquiétant.

Dans un article récent, je définissais ce qu’avait été mon parcours de dissident. Certains de ceux qui m’ont lu ont pensé que je baissais les bras et je leur ai aussitôt répondu que non, je ne baissais pas les bras, quoi qu’il puisse m’en coûter. D’autres parmi ceux qui m’ont lu ont hurlé avec les chiens, ce qui ne m’a pas surpris.

Je dirai aujourd’hui que, bien plus loin que ma propre personne et ces mises en examen, ce qui est en jeu aujourd’hui est la liberté de parole en France. Ma condamnation, ainsi que celle de ceux qui m’ont publié (Mena, Primo-Europe), équivaudrait à dire que la critique se fait en France sous le regard de la justice et de la police, ce qui serait une immense et grave régression. Cela équivaudrait à conférer à certains le droit d'en salir d'autres et de les exposer à la vindicte sans que ces autres gens puissent répliquer.

Il existe, en France, une tendance croissante à pratiquer une police de la pensée et à tenter de faire condamner quiconque pense différemment de vous ou ose vous critiquer. Cette tendance doit être brisée. Une vieille phrase dit que la liberté s’use lorsqu’on ne s’en sert pas. La liberté en France est en train de s’user. Il importe de s’en servir et de rappeler ce qu’elle est avant qu’elle ne soit usée jusqu’à la corde et que la corde ne montre sa dimension totalitaire.

A ceux qui me diraient que j’exagère, je répondrai que je rentre tout juste d’un pays où la parole est infiniment plus libre qu’en France et où nul ne pourrait songer à saisir la justice pour la restreindre sans être débouté et sans se déshonorer durablement : les Etats-Unis. Et j’ajouterai que la liberté de parole qui existe aux Etats-Unis se retrouve dans l’ensemble des pays de tradition anglaise, de l’Australie au Canada, du Royaume-Uni à la Nouvelle Zélande. Voici deux cent cinquante ans, Voltaire se demandait s’il ne serait pas judicieux et propice d’observer ce qui se passe outre-Manche : en France, à l’époque, régnaient censure et autorisation préalable. Il m’arrive, aujourd’hui, de penser comme Voltaire voici deux cent cinquante ans, et je ne pense pas que ce soit un crime.

A ceux qui dédaigneraient mes mots, je dirai que quiconque observe la liberté de parole sous un angle planétaire discerne vite que, d’ores et déjà, la France, sans être un pays où l’on risque directement sa vie si l’on ne baigne pas dans le «politiquement correct» ambiant est néanmoins un pays où règne un conformisme écrasant qui n’est pas sans conséquences en termes de vigueur créative.

J’enseigne depuis des années la philosophie du droit et le droit de l’information. J’explique dans mes cours que les lois françaises en matière d’information sont porteuses de restrictions à la liberté de parole, mais qu’elles sont tempérées par le fait qu’on ne les applique pas, en général, dans toute leur rigueur. J’ajoute souvent qu’il faudrait à la France quelques efforts pour être un pays pleinement respectueux de la liberté de parole.

Il semblerait que certains entendent présentement user et abuser du texte des lois en espérant qu’elles soient appliquées à des fins que je n'ai nul besoin de qualifier ici pour qu’on discerne ce qu’elles sont.

En ce contexte, c’est maintenant que les efforts devraient être faits. C’est maintenant qu’il faut veiller à ce que la France devienne enfin pleinement un pays de liberté de parole. Il se peut, au train où vont les choses, que dans quelques années, il soit trop tard. Je ne veux pas penser qu’il est déjà trop tard., même s’il arrive que l’idée me traverse l'esprit.

Les mises en examen dont je fais l’objet constituent pour moi, en tous cas, une forme de test. Si je devais être condamné, j’en tirerai les conclusions qui s’imposent. Je ne renoncerai pas, pour le moment, à écrire en langue française. Je renoncerai, en revanche, à critiquer un livre rédigé et publié en France. Je me dirai qu’être diffamé en France, quand on n’est ni «anti-libéral», ni «anti-américain» ni «anti-israélien» implique, comme au temps où régnaient ici ou là les pestes brunes ou rouges, qu’on se taise et qu’on fasse ses valises.

Et, bien sûr, j’accélérerai mes procédures de départ vers des cieux plus sereins. Le simple fait que je puisse être mis en examen pour les motifs stipulés ressemble à mes yeux à l’antichambre d’une condamnation.

Partager cet article

Repost 0
Published by Haim - dans Articles
commenter cet article

commentaires