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Pour ne pas oublier que ce qui se passe à Sderot a commencé par l'évacuation du Goush Katif.


Evacuation de Névé Dékalim en 2005
18 avril 2007 3 18 /04 /avril /2007 06:02
 Interview réalisée par Liliane Messika et Laurent Chikly © Primo-Europe, avril 2007

Claude Goasguen à Primo-Europe:

"Sarkozy est favorable à la rupture en matière de politique étrangère"

 Primo-Europe : Nous sommes à quelques jours du premier tour des élections présidentielles, les sondages indiquent que Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal sont au coude à coude ; qu’est-ce qui fera la différence entre ces deux candidats ?

Claude Goasguen : Je crois de moins en moins aux sondages. Je suis incapable de vous dire qui sera présent au second tour. La campagne électorale a été absorbée par les baromètres. Nous sommes le seul pays où il y a autant de sondages et les Français ont été frustrés du débat d’idées ; le débat droite/gauche n’a pas eu lieu. Mais s’il y a un côté positif à cette campagne, c’est le fait que nous nous soyons libérés de certaines contraintes verbales. Par exemple, il était impossible de parler de «zones de non droit» ; aujourd’hui, la chose est dite. Immigration était un gros mot réservé à l’extrême-droite, maintenant, on peut le prononcer et parler du sujet.

En fait, l’immigration est une question très éloignée du racisme. C’est le rythme respiratoire d’un pays. Et ce n’est pas une question contemporaine: j’ai fait ma thèse de droit sur «l’immigration sous le premier empire» ! Eh bien, grâce à cette campagne, les Français peuvent enfin parler de ce sujet sans racisme ni xénophobie. Au temps de la gauche, on ne pouvait parler que d’un racisme en occultant tous les autres. La parole, les paroles se sont libérées et c’est vraiment un point positif. Mais le négatif, c’est que l’on a occulté le débat économique, social, éducatif…

Les médias sont en grande partie responsables de cette pensée molle et uniforme. Et je pense que la droite est coupable de s’être trop concentrée sur l’économique et d’avoir laissé le champs libre à d’autres pour l’éducation et la formation. C’est ainsi que d’après l’IFOP, 94% des journalistes déclarent être de sensibilité de gauche ou d’extrême-gauche. Nous n’avons pas fait notre travail d’éducation. Si nous avions créé des écoles de journalisme présentant le monde de façon plus équilibrée, nous aurions, comme toutes les autres démocraties européennes, un véritable panel de journalistes au lieu d’une pensée unique et d’un journalisme unilatéral.

Pourtant, Sarkozy a réussi à résister à tout cela, y compris à la diabolisation qu’on lui a infligée et qui n’est pas sans rappeler celle qu’ont subie Sharon et Bush. Il est impressionnant par sa connaissance des dossiers, mais aussi par sa faculté de proposer des solutions réalistes, même si elles sont impopulaires.

Bayrou, que je connais bien, incarne avec intelligence les pires travers de la IVe République. Comme s’il fallait impérativement rester sur la voie du milieu. Comme si le débat entre droite et gauche était un crime. Mais le milieu, c’est là où il est impossible de gouverner.

PE : En cas de victoire de Nicolas Sarkozy, accepteriez-vous de prendre la tête d’un ministère, et si oui lequel ?

CG : La première fois que j’ai été ministre, je l’ai appris deux jours avant la constitution du ministère, Chirac ne m’en avait jamais parlé. Personne ne me croit d’ailleurs quand je le raconte. Cette fois-ci, croyez-le ou non, je n’ai jamais évoqué le sujet avec Nicolas Sarkozy. Cela étant, il y a des sujets qui m’intéressent, comme l’éducation, et d’autres qui me passionnent, comme l’immigration les questions d’identité nationale et le co-développement qui est l’un des enjeux primordiaux dans la problématique de l’immigration. On ne peut pas espérer pacifier le monde s’il persiste une telle inégalité entre les niveaux de vie. Regardez l’Afrique ! Regardez certains Etats pétroliers ! Dans ces pays où les citoyens meurent de faim, on incrimine les réseaux de corruption mafieux. Soyons honnêtes, la France en est largement complice.

PE : Vous parlez de co-développement et donc de l’acheminement des aides aux plus démunis ; ne pourrait on pas faire le parallèle avec l’OLP de Yasser Arafat et le détournement des aides aux Palestiniens ?

CG : Parfaitement ! J’ai demandé à l’époque à l’Assemblée Nationale la mise en place d’une commission d’enquête sur l’utilisation des fonds, comme François Zimeray l’avait fait au Parlement Européen. Les résultats ont été consternants. Le Quai d’Orsay m’a répondu, que lorsqu’une nation était indépendante, en l’occurrence l’OLP, on ne pouvait pas contrôler l’utilisation des fonds. Ce système est la source ouverte à toutes les évaporations financières ! Et que le Quai d’Orsay m’ait répondu cela textuellement, j’ai trouvé cela aberrant.

PE : Nicolas Sarkozy se présente comme le candidat de la «rupture tranquille». Il a déclaré qu’il ne parlerait ni au Hezbollah ni au Hamas. Comment concilier ces changements avec la déclaration de Douste-Blazy selon laquelle la politique étrangère de la France ne verrait aucun changement majeur ? Si Nicolas Sarkozy est élu, aura-t-il les moyens des changements qu’il veut faire ? Sans remanier le Quai, cette volonté de privilégier les valeurs à l’affairisme est-elle possible à mettre en œuvre ?

CG : Douste-Blazy est le ministre actuel des affaires étrangères. Il est le porte-parole de Chirac. Je suis favorable à cette rupture que souhaite Nicolas Sarkozy et au sujet de laquelle il n’a jamais bougé d’un pouce. Au lieu de suivre le mirage d’une politique arabe qui ne nous a jamais valu que des ennuis, nous ferions mieux, parce que la France est en position favorable pour le faire, de rapprocher Israël des Etats arabes modérés : la Jordanie, le Liban pacifié et débarrassé du Hezbollah, l’Egypte et, pourquoi pas, les Emirats qui, politiquement en tout cas, sont des Etats avec qui la discussion reste possible.

P-E : Mais on ne peut pas dissocier le politique du religieux, surtout en Arabie Saoudite !

CG : Détrompez-vous. Il y a une opportunité du fait de la rivalité sanglante qui oppose chiites et sunnites. Elle peut donner le meilleur ou le pire. Le pire, ce serait de voir Israël pris comme le bouc émissaire, le plus petit dénominateur commun qui permettrait de les rassembler. Le meilleur, ce serait un «marché commun» moyen-oriental auquel Israël serait non seulement intégré mais dont il serait le leader du fait du stade actuel de son évolution et dans lequel il pourrait jouer un rôle moteur pour le développement de ses voisins.

Je crois beaucoup au co-développement, je vous l’ai dit. Le Moyen-Orient bénéficierait infiniment de l’expertise israélienne en matière technologique, écologique, économique, etc. sur des projets concrets, par exemple la Mer Morte. J’ai déjà essayé de rapprocher le Technion de Véolia, et ils travaillent sur un projet commun. La France a un rôle à jouer pour rapprocher Israël de la Jordanie ou de l’Egypte, par exemple, mais à condition d’arrêter les incantations et les déclarations odieuses contre Israël.

Quant au remaniement du ministère des Affaires étrangères, il va se faire. Il est vrai qu’aujourd’hui, le Quai fait sa propre politique. Ce qui est le domaine réservé du Président de la République est en réalité la politique du Quai d’Orsay et nous trouvons inadmissible que l’Assemblée Nationale ne puisse pas contrôler l’utilisation qui est faite des budgets qu’elle vote, scandaleux que les députés soient informés par la presse des sujets de défense et des affaires étrangères. N’oublions pas que le Quai, ce sont des fonctionnaires. Leur rôle est d’obéir aux directives, pas de les initier.

Sur le Moyen-Orient, Sarkozy reste très déterminé. Du fait de la mondialisation, la politique internationale fait partie intégrante de la politique nationale. Je ne peux pas accepter l’idée qu’un homme et quelques fonctionnaires gèrent ce domaine fondamental que sont les affaires étrangères. Nicolas Sarkozy veut changer cela en rééquilibrant les fonctions dans la Ve République. On peut organiser des commissions parlementaires, nombres en secret, afin que des données sensibles ne soient pas rendues publiques, mais il est impensable que ceux qui mettent en œuvre la politique étrangère ne rendent pas de comptes aux élus du peuple. Comme aux Etats-Unis où Bush doit rendre compte au Congrès et où il peine parfois à obtenir les crédits qu’il demande.

Nous critiquons les Etats-Unis, mais nous avons un fonctionnement beaucoup plus opaque, beaucoup moins démocratique. Nicolas Sarkozy veut instaurer la transparence à cet égard et il a décidé de rendre des comptes, aussi veut-il se doter d’un conseiller qui sera son intermédiaire avec les institutions internationales, une sorte de Condoleeza Rice à la française.

Il n’est pas question de laisser continuer ce qui se passe au Liban, d’où on a chassé les Syriens, mais pas le Hezbollah qui se réarme tranquillement pendant que la Finul détourne les yeux.

J’ai fait signer une pétition pour que la France rejoigne l’Union Européenne dans la classification du Hezbollah comme organisation terroriste. J’ai obtenu 48 signatures, uniquement UMP et un seul UDF. Les socialistes avaient des consignes strictes et ils ont tous refusé de signer. Des extrémistes comme le Hezbollah peuvent être élus démocratiquement, cela n’en fait pas des démocrates ou des gens fréquentables. Hitler avait été élu démocratiquement.

La politique française au Liban s’est soldée par un échec dont l’assassinat de Rafic Hariri a porté le témoignage sanglant.

P-E : Et vis-à-vis de l’Iran ?

CG : La position de la France est évolutivement molle aussi bien vis-à-vis de l’Iran que du Moyen-Orient. L’Iran joue un rôle profondément déstabilisateur, non seulement au Moyen-Orient, mais dans le monde entier. D’ailleurs, aujourd’hui, quand je parle avec des ambassadeurs arabes, ils ne me parlent plus d’Israël mais de l’Iran.

Mais vis-à-vis de la politique nucléaire iranienne, l’Union Européenne comme les Etats-Unis sont gênés par l’attitude de la Chine et de la Russie qui privilégient des intérêts économiques à court terme.

Sarkozy a été ferme sur ce sujet aussi. Il voit à long terme, et un Iran dirigé par des extrémistes doté de la puissance atomique est un danger que le monde ne peut pas se permettre.

P-E : Revenons à la politique intérieure. Antisémitisme et misogynie progressent de concert dans notre pays : cela va des brutalités à l’école jusqu’au meurtre. DJ Selam, Sherazade, Ilan Halimi, Sohane… L’augmentation sensible des actes antisémites date de l’Intifada de septembre 2000. Alors que les Juifs représentent moins de 1% de la population française, 70% des actes racistes sont dirigés contre eux. On a constaté une corrélation entre les événements du Moyen-Orient et les actes antisémites en France. Que compte faire Nicolas Sarkozy s’il est élu ?

CG : Il continuera ce qu’il a déjà commencé. Rappelez-vous : en 2000, on a changé à 100% d’orientation. Avant cela, le ministre de l’intérieur socialiste, Daniel Vailland, avait déclaré que brûler une synagogue n’était pas un acte antisémite mais un fait-divers, l’équivalent de brûler un supermarché.

Il faut mener à cet égard une politique pénale lorsqu’il y a un problème de la preuve dans le flagrant délit et le fait que les gens ont peur de témoigner. On peut «anonymer» les témoignages avec des garde-fous, pour éviter de tomber dans la dérive de la délation tous azimuts.

Il faut poursuivre plus souvent. La police fait son travail, mais la justice ne va pas assez loin. Je suis pour le rétablissement de la peine plancher : pour un récidiviste violent, la peine doit être comprise entre une peine plancher et la peine maximale.

Le débat sur l’immigration et celui sur Israël ont un point commun : ils étaient tabous. Maintenant que la parole est libérée, la politique française va pouvoir retrouver la franchise des débats, y compris sur ces sujets fondamentaux qui ont longtemps été occultés. Tous les problèmes qui se posent aujourd’hui n’auraient pas été aussi aigus si la France n’avait pas été anesthésiée pendant 20 ans.

P-E : Beaucoup de ces «jeunes» sont de la 2ème voire de la 3ème génération, pourtant on a l’impression qu’ils se sentent moins français que leur parents ou grands-parents qui eux ont immigré en France, souvent sans même parler la langue de Molière. Quel rôle peut jouer l’Etat pour récupérer ceux qui se sentent délaissés par la République ?

CG : Il y a un problème d’acculturation, mais il est très important de ne pas confondre exclus et voyous. Il faut aider les premiers, et les mesures Borloo vont y participer. Par contre, il faut frapper fort les voyous qui prospèrent sur le dos des exclus.

Il faut casser les tabous. Il faut appliquer la loi sur les allocations familiales : les retirer aux parents qui n’éduquent pas leurs enfants. La loi existe, mais n’est jamais appliquée. Il faut une politique de ZEP efficace, avec, si nécessaire, un référent policier, ce qui ne signifie pas la police dans l’établissement scolaire, mais qu’on peut l’appeler en cas de problème et qu’elle intervient immédiatement.

La discrimination positive a montré des résultats extrêmement positifs aux Etats-Unis. Elle a permis l’émergence d’une classe moyenne noire et hispanique. C’est un élément moteur de l’ascenseur social, lui-même indispensable à la paix sociale. Il faut casser le «plafond de verre».

Nicolas Sarkozy n’a pas peur d’être impopulaire, il l’a déjà prouvé. Il le prouvera encore si c’est nécessaire au retour de la citoyenneté et du retour de la France sur le devant de la scène internationale. Pour cela, il faut que le pays soit en bonne santé sociale et économique.

P-E : Une dernière question. Vous avez affirmé la détermination de Nicolas Sarkozy à s’appuyer fermement sur les valeurs de la France : liberté, égalité, fraternité. Quid de la laïcité ? Il avait parlé de modifier la loi de 1905.

CG : Il est définitivement revenu sur cette idée. C’était une fausse bonne idée, trop difficile et trop dangereuse à mettre en place.

P-E : Merci Claude Goasguen.

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Published by Haim - dans Articles
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