Recommander

Vidéos

  


 
 

 

Recherche

Nombre de visites

outils webmaster

 

 

Philosophie

Jeudi 27 septembre 2007 4 27 /09 /Sep /2007 05:49
Voici une réflexion d’une grande qualité philosophique et morale, aussi courageuse que prophétique. Elle devrait servir de 'caveat' aux amalgameurs professionnels, pour lesquels "TOUS les Arabes se valent", et qui vaticinent à tout va qu’"il n’y a rien à attendre de ces gens-là". Pourtant, le fait que l’un des membres de la nation arabe (et il n’est pas le seul) aie le courage d’émettre un jugement aussi lucide et d’élever une protestation aussi véhémente, invite à ne pas se décourager. Certes, l’auteur est un musulman libéral, et d’aucuns s’empresseront peut-être de marginaliser son témoignage, pour mieux continuer à diaboliser TOUS les Arabes. Tel ne doit pas être notre cas, si, du moins, les Ecritures saintes sont encore une référence pour nous. Souvenons-nous, en effet, de cet oracle du prophète Isaïe (65, 8) "Ainsi parle L’Eternel : Quand on trouve du jus dans une grappe, on dit : 'Ne la détruisez pas, car elle contient une bénédiction' ; ainsi ferai-je en faveur de mes serviteurs, je ne détruirai pas tout." (Menahem Macina).
Sur le site du MEMRI
 
Dépêches spéciales - No. 1670
 
 
 
Basit Ben Hasan, poète et militant tunisien des droits de l'homme, évoque les bombes humaines qui prennent pour cibles les cortèges funéraires.
Dans un article du 13 juin 2007, paru sur le site arabe libéral, Al-Awan (1), le poète tunisien Basit Ben Hasan, ancien directeur de l'Institut arabe pour les droits de l'homme, à Tunis, écrit que, pour certains, dans la société arabe, tuer est devenu une fin en soi, et que pour lutter contre le phénomène des bombes humaines et les autres manifestations de mépris pour la vie humaine, les sociétés arabes doivent surmonter leur "indolence morale" et réévaluer le sens de la vie et de la mort.
Extraits de l'article:
"Tuer avec une violence froide et organisée est devenu une fin en soi"
Cela se passe en Irak, et dans des endroits plus proches de nous que ce que nous imaginons : les bombes humaines prennent pour cibles les cortèges funéraires de victimes d'attentats-suicide.
En un seul geste, et avec une rare détermination, ils se font exploser au milieu des corps des vivants et des morts. Par ces attentats, ils ne s'attaquent pas seulement au domaine de la vie, mais aussi à cet espace qui sépare la vie de l'au-delà: le moment de la mort et du deuil. Par ce type de suicide, ils tuent ensemble les vivants et les morts.
Ils affectent notre perception morale de la vie et de la mort, et ouvrent les portes d'un temps 'nouveau' - le temps du néant, où les attentats-suicide deviennent une trajectoire absolue et continue, sans objectif historique, et où le meurtre, commis avec une violence froide et organisée, devient une fin en soi.
Ainsi, le meurtre des vivants et des morts par les attentats-suicide qui ciblent les cortèges funéraires, est un phénomène effrayant, qui stupéfie et qui, à ce stade de l'histoire, attire l'attention intellectuelle et morale.
Nos intellectuels se placent dans une logique de perpétuelle justification des attentats-suicide
La vie vaut-elle la peine d'être vécue ? Le but de l'existence est-il de propager des vies nouvelles et différentes et d'atteindre une forme de bonheur collectif dans le monde des hommes ? Ou la valeur de l'homme réside-t-elle dans la destruction de l'humanité par la destruction de sa personne et de celle des autres ? Et quel rôle joue la mort dans la reconnaissance de l'importance de la vie ?
Plusieurs philosophies, anciennes et modernes, tentent d'appréhender la politique au prisme de ces questions éthiques fondamentales, [mais] nos intellectuels les ignorent et les marginalisent avec un savoir-faire d'expert. Ils persistent à organiser des débats mous et monotones sur les attentats-suicide, et à employer une logique de perpétuelle justification et de tolérance vis-à-vis de l'intolérable.
Parfois, ils se basent sur une conception de 'résistance' absolue, sans fournir la moindre réflexion sur les nombreuses significations de cette conception ni sur sa spécificité historique. Ou bien ils se basent sur le fait qu'il n'existe pas de définition claire et univoque du terrorisme (…), comme si l'absence de définition d'un phénomène pouvait permettre d'ouvrir les portes du non-sens moral…
Le démon, en l'homme, s'est échappé de la bouteille
Les intellectuels arabes qui ont défendu les attentats-suicide, soit ouvertement, soit par un discours rusé et sournois, les qualifiant de droit absolu à des fins politiques, n'ont pas uniquement pris part à la justification de crimes de destruction visant les êtres vivants, ils ont également contribué à empêcher que ne soit soulevée [la question de] la signification de la vie et de la mort dans nos sociétés.
La justification des attentats-suicide par des intellectuels considérés comme des autorités en la matière, au moyen du langage et des médias, a ouvert les portes de la peur, lesquelles ne se refermeront pas tant que nos sociétés n'auront pas fait l'expérience du néant et de l'élimination dans leurs formes absolues.
[Aujourd'hui], n'importe qui peut tuer et être tué : la bombe humaine qui 'résiste', qui est passée de l'assassinat de l'ennemi à l'assassinat de n'importe qui ; le politicien extrémiste, qui est passé de la lutte contre le détenteur d'idées politiques adverses à l'élimination d'une société différente de lui (…) ; et l'Etat, qui n'est supervisé par personne et qui a créé un système consistant à assiéger et assassiner l'ensemble de la population par le biais d'institutions qui contrôlent le quotidien [des citoyens].
Ainsi, le démon, qui dormait… s'est échappé de sa bouteille, et tout est devenu possible. Le corps humain, autrefois régi par une mémoire biologique qui définissait la voie [à suivre] de la naissance à la mort, et par une mémoire morale qui définissait la signification de son expérience, a été laissé complètement nu. C'est devenu un corps sans mémoire, qui se suffit à lui-même, qui ne cherche plus à lutter pour le règne de la mémoire, ni à se perpétuer en assumant les risques de la vie, mais qui a pour but de se détruire et de détruire les autres. La destruction est devenue la vie du corps et le non-sens qui nie la signification de la vie et de la mort.
Nous constatons aujourd'hui que les attentats-suicide, dans lesquels nos intellectuels voyaient un moyen provisoire d’obtenir un profit politique, sont devenus une institution ayant sa propre logique, qui est la mort de toute logique.
Le nombre de ces attentats a augmenté dans plusieurs de nos pays ; leurs formes et leurs méthodes se sont diversifiées. Des hommes et des femmes se font exploser au sein d'armées munies d'armes de destruction de la technologie la plus avancée. Des enfants et des jeunes gens sont conduits par des adultes en des lieux où ils se tuent en tuant autrui. Des bombes humaines que l'on n'attendait pas frappent les cafés, les hôtels, les restaurants, les réceptions, les institutions gouvernementales, les médias, les mosquées, les églises et les transports.
Aujourd'hui, en prenant pour cibles les cortèges funéraires, ces attentats visent des domaines dont nous croyions naïvement qu'ils étaient inattaquables (…) [Mais] certains fils de nos sociétés ont dépassé toutes les frontières et écrit à l'encre de leurs corps le livre terrible du néant.
Se réduire à l'état de chose et y réduire autrui… Voilà ce qui autorise n'importe quel crime, aussi hideux et absurde soit-il 
Les auteurs d'attentats-suicide sont devenus, par ce grand acte de chosification, de nouveaux dieux ayant un contrôle absolu sur la vie et la mort. Ces dieux de ténèbre, qui ont perdu tout lien avec leur histoire, décident, en tuant leurs corps qui ne signifient plus rien pour eux, quand et comment la vie des autres arrivera à son terme.
Nous ne sommes plus simplement face à des extrémistes motivés par des objectifs politiques et religieux. Nous sommes entrés dans une phase où des attaquants-suicide narcissiques ont passé outre aux conceptions islamiques de la vie et de la mort.
Le phénomène de l'augmentation des attentats-suicide et la progression constante du nombre des bombes humaines est un malheur historique qui soulève de graves questions quant à notre capacité à répondre, de façon morale et responsable, aux questions de vie et de mort dans nos sociétés.
C’en est assez de la folie de destruction !
Face au phénomène du meurtre et de la violence absolus qui balaient nos sociétés, certains répètent encore qu'il existe des limites au néant qui nous entoure, que notre désir de survie mettra fin à l'effondrement, et qu'une conscience absolue se lèvera, de cette réalité ténébreuse où nous sommes, pour dire : « C’en est assez de cette folie destructrice ! », ramenant le désir de vivre de la société (…)
La tendance destructrice à laquelle nous ont menés les attentats-suicide (…) n'est qu'une des manifestations qui se sont enracinées dans nos sociétés, et ne sont pas moins effrayantes (…)
Ces manifestations ne sont qu'un avant-goût d'une inquiétude plus profonde, qui s'est installée dans ce que nous appelons nos vies : l'inquiétude face à un avenir incertain, face à notre incapacité à déterminer les forces qui régissent nos destinées et tranchent en matière de vie et de mort.
Pour sortir du tunnel, nous devons affronter l'indolence morale généralisée et entamer un dialogue à grande échelle sur la signification de la vie et de la mort dans nos sociétés…
Basit Ben Hasan
© Al-Awan
----------------------------
(1) Al-Awan, 13 juillet 2007. http://www.alawan.com,
----------------------------
Seul un petit nombre de dépêches vous sont envoyées. Pour consulter l’intégralité des dépêches de MEMRI en français et les archives, libres d’accès, visiter le site www.memri.org/french.
 
Veuillez adresser vos emails à memri@memrieurope.org
 
 
Le MEMRI détient les droits d’auteur sur toutes ses traductions. Celles-ci ne peuvent être citées qu’avec mention de la source.
 
-----------------------
 
Mis en ligne le 25 septembre 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org
Par Haim - Publié dans : Philosophie
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 18 mai 2007 5 18 /05 /Mai /2007 06:34
17 mai 2007 - NTERVIEW d’André GLUCKSMANN | Par Gilles Sitruk de SVP-Israël | IsraelValley

Né en France de parents juifs autrichiens, André Glucksmann est un philosophe engagé. Il se penche notamment sur les tenants, les aboutissants et les stratégies de guerre.

 André Glucksmann : Un penseur aux aguets Son premier livre, ”Le Discours de la guerre”, est publié en 1968. Dès lors, il s’engage dans de nombreuses causes qui lui tiennent à cœur et milite en faveur des résistants à l’oppression soviétique. Considéré en France comme l’un des chefs de file des nouveaux philosophes, il s’est imposé comme le penseur pro-américain par excellence, et a affiché son soutien à la cause tchétchène. Il est désormais réputé pour son franc-parler.

-  Gilles Sitruk : Vous considérez que la haine explose et fleurit sans limites, que nous sommes passés de l’âge de la bombe H à celui des bombes humaines et qu’il n’y a plus d’équilibre de la terreur jadis réglée par les grandes puissances. Comment survivre à cette haine que vous constatez et dénoncez ?

-  André Glucksmann : La haine n’est pas quelque chose de nouveau. Dans mon livre, je me réfère aux analyses des grands philosophes romains tel Sénèque ou même à la préhistoire, avec l’invention de la hache de silex...

La haine, c’est une négation de soi et des autres, symbolisée notamment aujourd’hui par la bombe humaine. La haine, c’est une différence que l’on n’assume pas. C’est une volonté d’être maître de l’autre. L’homme peut lutter contre cette haine s’il fait preuve de lucidité et courage.

-  Selon vous, la France subit une marée haute de bêtise hargneuse et prétentieuse. Quels sont vos scénarios sur l’évolution de cette situation au cours de la prochaine décennie ?

-  D’abord le scénario optimiste, souvent négligé, selon lequel les Français sont capables de prendre en compte ces pulsions de haine et leur danger, et par conséquent de lutter contre celles-ci et de les dominer sans céder. Il y a eu d’ailleurs une enquête récente qui a observé l’attitude des musulmans dans les pays occidentaux. Il se trouve ainsi que la France détient le record de tolérance réciproque (par rapport aux USA et à l’Europe), à la fois des Français à l’égard des musulmans et des musulmans à l’égard des Français qui estiment à 80 qu’il est parfaitement possible de vivre sa foi et sa religion en France. Fait encore plus incroyable, ils sont 73 de musulmans français à considérer que la coexistence avec les juifs ne leur pose aucun problème, à rapprocher des autres pays où ils ne sont que 50 % à juger cette coexistence comme normale. Ce qui induit la formidable capacité de la France à intégrer culturellement les musulmans. Et lorsqu’on propose de créer un Ministère de l’Immigration et de l’Identité Nationale, il ne s’agit pas là d’un thème raciste dans la mesure où l’immense majorité des musulmans français considère l’identité nationale française comme accueillante. On le constate dans ce sondage.

-  Récemment, un autre sondage publié par la BBC indiquait qu’Israël était vu à travers le monde comme le pays ayant l’influence la plus négative. A quoi attribuez-vous l’existence et les résultats de ce sondage ? Estimez-vous que nous assistons à la mondialisation de l’antisémitisme.

-  Oui, évidemment, car il est extraordinaire que l’opinion publique mondiale considère comme menaçant un petit pays de 7 millions d’habitants et que certains souhaitent raser ! Il s’agit là d’une pulsion anti-israélienne, donc antisémite. Ce qui recoupe mon analyse contenue dans mon livre où je dénonce trois haines essentielles : celle des juifs, des américains... et des femmes, notamment dans certains pays comme la Chine ou l’Inde où l’on trucidait les nouveaux-nés filles.

-  Le 7 juin prochain, Israël fêtera le 40ème anniversaire de la réunification de sa capitale, Jérusalem. En 1967 justement, vous publiiez votre 1er ouvrage, ”Le Discours de la Guerre”. En 40 ans, votre position par rapport à Israël a beaucoup changé. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur Israël et la guerre qui l’oppose à ses ennemis ?

-  Ma position a naturellement évolué. Mais je pense que la position des israéliens a davantage évolué.

A l’époque, les israéliens pensaient avoir leur destin entre les mains, pour la 1ère fois après la longue histoire tragique du peuple juif. Je crois que ce sentiment a complètement changé et que les israéliens commencent lentement à s’apercevoir que leur sort n’est plus entre leurs mains. Qu’on soit de gauche qui a toujours considéré qu’en ”embrassant” les palestiniens, tout irait bien, ou de droite qui estimait que seule la manière forte serait payante. Une présomption de pouvoir maîtriser son destin démentie par les faits de ces dernières années. Israéliens et Palestiniens se sont rendus compte qu’ils n’étaient pas seuls au monde, entourés d’une part de pays arabes non démocratiques qui, tout en opprimant leurs peuples, pratiquent la diversion en pointant du doigt Israël, et d’autre part cernés par des factions intéressées à mettre de l’huile sur le feu ou ranimer des braises.

Et puis il y a cette contradiction entre l’occident prospère qui passe pour être maître du monde et les pays émergents qui rêvent de jouir de la même prospérité. Ce qui génère des effets paralysants dans le rapport entre israéliens et palestiniens, sans compter qu’Israël pâtit du fait qu’elle est un bout d’occident et focalise l’hostilité générale sur son nom et son territoire.

Je ne crois pas pour autant que la situation soit désespérée car il n’y a pas de bloc anti-occidental mais des pulsions anti-occidentales à travers le monde. La preuve en est que 3 pays arabes ont accusé le Hezbollah d’agresseur lors de la dernière guerre du Liban : l’Egypte, l’Arabie Saoudite et la Jordanie. Il y a donc des scissions au sein des nations anti-occidentales.

Ainsi, la grande différence par rapport à la situation d’Israël des années 50, c’est que maintenant il y a une solidarité de destins entre Israël et la Diaspora. Ce que je veux dire, c’est que même si Israël ou la Diaspora sont annihilés, le problème demeurerait car nous sommes entrés dans la guerre entre l’Occident et le terrorisme ou le totalitarisme, et ce qui touche Israël touche désormais et de la même manière les communautés juives dans le monde.

-  Allez-vous souvent en Israël et comptez-vous y aller prochainement pour promouvoir votre livre traduit ”Le Discours de la Haine” destiné aux israéliens, et votre dernier ouvrage ”Une Rage d’Enfant” ?

-  Je vais parfois en Israël et j’y ai beaucoup d’amis. J’y retournerai en effet prochainement pour débattre avec mes amis israéliens du contenu de mon dernier livre traduit en hébreu, qui parle du crime d’indifférence - le pire parce qu’il autorise tous les autres - porté par le double aveuglement de ceux qui trouvent que le monde tourne définitivement rond et de ceux qui le décrètent incurable. Je ne suis pas un prophète d’apocalypse, tout juste un penseur aux aguets qui dénonce l’horreur que génère toute volonté d’avilir, voire de supprimer certaines populations. L’impérialisme, le fascisme, le communisme et le nihilisme actuel sont les cibles de ce combat qui trouve sa source dans mon enfance. Je le dis souvent « Savoir craindre, c’est penser. Tenir, c’est faire front ».

Par Haim - Publié dans : Philosophie
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 4 décembre 2006 1 04 /12 /Déc /2006 06:23

Judeoscope

Tandis que les discours antisémites du président iranien Mahmoud Ahmadinejad font des émules au Moyen-Orient et même ici dans des publications canado-arabes, le philosophe tunisien Mezri Haddad rappelle la dimension universelle de la Shoah et appelle les Arabes en particulier et l’humanité en général à reconnaître que la "shoah fut un crime de l’humanité contre l’humanité" et que l’antisémitisme n’est pas chose du passé.

Extrait (Magazine Réalités, Tunisie):

La culpabilité historique d’une nation-en l’occurrence allemande-n’exonère pas de leur responsabilité morale l’ensemble des nations. Parmi celles-ci, combien ont-elles d’ailleurs commémoré le soixantième anniversaire de la libération des camps de concentration ? L’Asie, l’Amérique latine ou le Monde musulman ont-ils accordé à cet évènement l’importance qu’il mérite ? Non, parce qu’ils ne se sentent pas précisément concernés, ni historiquement, ni géographiquement, ni moralement. C’est une raison de plus pour les Musulmans, qui n’ont pas pris part à l’extermination des Juifs lors de la seconde guerre-bien au contraire- de reconnaître ce génocide. A quelques très rares exceptions (Tunisie, Maroc), aucun pays musulman n’a introduit dans ses lois la criminalisation de l’antisémitisme, ni dans ses manuels d’histoire la condamnation du nazisme. Pis, il y a plusieurs de ces pays où Mein Kampf et les Protocoles des Sages de Sion sont encore des best sellers en vente libre. Une télévision comme Al-Manar -que certains en France défendent au nom de la sempiternelle liberté d’expression- continue à distiller son poison antisémite, attisant ainsi la haine et l’intolérance. “ Nous autres, Arabes, sommes restés étrangers à la persécution génocidaire des Juifs. Il est temps de commencer ce travail de fond qui permettra de prendre la mesure du traumatisme vécu par le Monde juif ” : l’auteur de ces mots justes est le Palestinien Emile Shoufani(6). C’est encore ce courageux curé de Nazareth, initiateur du projet Mémoire pour la paix (pèlerinage islamo-judéo-chrétien à Auschwitz du 26 au 29 mai 2003), qui a déclaré : “ Il est indispensable de passer par la mémoire de la Shoah, telle que le peuple juif l’a vécue et telle qu’il l’a racontée...Mon espoir est qu’après une telle visite, le discours dans le Monde arabe et musulman change et qu’on n’en soit plus à développer des idées antisémites et négationnistes ”.

La Shoah n’est pas seulement une blessure du peuple juif, une “ honte ” du peuple allemand, comme l’a courageusement reconnu Gerhard Schrِder. C’est aussi une Blessure et une Honte pour l’humanité. Rappelons cet extrait de la déclaration finale lue à Birkenau le 28 mai 2003, à l’issue du voyage “Mémoire pour la paix” : “Nous, Juifs et non-Juifs ici présents, au-delà de nos origines diverses, au-delà des croyances, de la non-croyance ou des options philosophiques des uns et des autres, nous affirmons que la mémoire de ce crime devra entrer dans la pensée et dans la culture qu’ensemble nous serons capables de créer, afin de rejeter le spectre de l’inhumanité...Ensemble, nous nous engageons à porter la mémoire de la Shoah et à faire le travail commun qui, à partir des enseignements de cette mémoire, nous permettra d’explorer ensemble un horizon de paix ”.

Si pour Kant “ Le mot chien ne mord pas ”, nous devons apprendre à nos enfants, particulièrement ceux issus de l’émigration et qui sont galvanisés par le conflit israélo-palestinien, que les mots qui stigmatisent les Juifs tuent.

“ L’antisémitisme n’est pas une opinion. C’est une perversion. Une perversion qui tue ”, a très justement affirmé Jacques Chirac. Enseigner aux nouvelles générations européennes, américaines, asiatiques, africaines, arabo-musulmanes, que la Shoah fut un crime de l’humanité contre l’humanité, c’est espérer que, par-delà la dysphorie compassionnelle et les pieuses remémoration, la flamme du souvenir ne s’éteigne jamais. Car, si le génocide du peuple juif appartient bel et bien au passé, l’antisémitisme, lui, est hélas un présent qui refuse de devenir un passé.

Par Haim - Publié dans : Philosophie
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 4 décembre 2006 1 04 /12 /Déc /2006 06:07

Très intéressant article daté du 12 octobre 2006,
posted by Jean Corcos
rencontrejudaïquesfm 

Mezri Haddad est un jeune philosophe tunisien, spécialiste de théologie comparative, qui a été déjà deux fois mon invité sur le plateau de Judaïques FM (voir la présentation de notre émission du 26 mars dernier). Il a publié dans le journal « Liberation » du 26 septembre un « rebond » où, courageusement, il prend la défense du Pape Benoît XVI qui s’est attiré les foudres des islamistes après son discours de Ratisbonne (lire sur le blog). Voici la reproduction intégrale de son article.

---------------------------------------------------------------------------------------------------
« Il ne se passe pas un mois sans que l'islam ne soit au coeur d'une polémique mondiale et sans que les musulmans ne manifestent leur colère contre des «ennemis» qui «blasphèment» leur religion et «fustigent» leur prophète. Mais, cette fois-ci, il ne s'agit ni d'un caricaturiste ni d'un écrivain, mais de la plus haute autorité morale et spirituelle de l'Eglise catholique, le pape Benoît XVI.
Pourtant, en dehors de ces réactions invariablement hystériques, il n'y a aucun rapprochement à établir entre l'affaire des caricatures, celle de tel ou tel écrivain à la littérature irrévérencieuse à l'égard du sacro-saint islam et celle de la conférence philosophique et théologique que le pape a prononcée. Réduire cette conférence magistrale, principalement consacrée à la problématique très complexe et typiquement «averroïste» des rapports entre foi et raison, la réduire à une vulgaire stigmatisation de l'islam ­ c'est plutôt l'Occident hédoniste et déchristianisé qui était la cible du pape ­, c'est faire preuve d'une affligeante ignorance. Pis, c'est donner raison aux ennemis de la raison, ces intégristes qui voient dans toute critique la manifestation d'un fantasmagorique complot de l'Occident contre le monde islamique. On ne le dira jamais assez, l'ennemi mortel de l'islam, c'est le fanatisme, et le mal qui le ronge depuis des années, c'est l'intolérance. En moins de dix ans, nul n'a autant discrédité l'islam que l'islamisme lui-même, cette souillure de l'islam, cette nécrose de la civilisation islamique. Des horreurs commises par les égorgeurs du FIS et du GIA en Algérie, y compris le supplice des pauvres moines de Tibérine, aux multiples massacres ordonnés par Ben Laden et ses acolytes, en passant par les faits et méfaits des talibans en Afghanistan, que de chemin parcouru sur la voie de la décadence et de la barbarie.
Ceux qui crient aujourd'hui au complot, où étaient-ils lorsque tant d'atrocités étaient (et sont toujours) commises au nom du Coran ? Qu'est-ce qui est plus dommageable pour l'islam, le fait de citer ­ sans y souscrire ­ un manuscrit du XIVe siècle, ou le fait de tuer indistinctement hommes, femmes et enfants au nom d'une conception dévoyée du jihad ? Le prophète de l'islam ne disait-il pas que «l'encre du savant est plus sacrée que le sang du martyr» ?
Plutôt que de réagir passionnellement, anticipant et flattant ainsi l'instinct de la foule, les oulémas de l'islam ont-ils lu le texte intégral de la conférence en question ? Et, quand bien même l'auraient-ils fait, en ont-ils saisi le sens et l'essence ? J'en doute fort car, même si le mot «raison» est cité quarante-cinq fois dans le Coran et que celui-ci commence par l'injonction «Lis» (iqrâ), il y a bien longtemps que la raison philosophique et même théologique a déserté la terre d'islam. Au moins depuis les autodafés réservés aux livres d'Averroès. Celui-ci a, en effet, eu des disciples juifs dont le plus prestigieux est Maïmonide, des disciples chrétiens dont la plupart ont d'ailleurs été persécutés par l'Eglise (!), mais aucun disciple musulman. A cette époque, la Raison parlait arabe et l'Inquisition parlait latin. C'est ici, et seulement ici, que le propos du pape Benoît XVI doit être relativisé, car la rencontre féconde entre islam et pensée grecque a été déterminante dans l'émergence de la civilisation que certains appellent occidentale.
Malgré la confusion et les malentendus que peut induire l'exhumation d'un texte de l'empereur byzantin Manuel Paléologue, je doute fort que le souverain pontife adhère à la conclusion de l'incompatibilité ontologique entre islam et raison. Parce qu'il est érudit, il sait que le manuscrit en question n'exprime en rien la quintessence de l'islam mais traduit l'esprit de la controverse théologico-philosophique islamo-chrétienne se déployant à une époque d'antagonisme paroxystique entre le monde islamique et la chrétienté.
Quoi qu'il en soit, une bonne partie de la littérature philosophique ou théologique «antimahométane» a été manifestement influencée par une apologétique chrétienne médiévale, elle-même traumatisée par l'expansionnisme islamique qui, contrairement à la légende, issue de l'apologétique islamique cette fois-ci, n'impressionnait pas toujours par sa douceur spirituelle mais par la cruauté de son glaive. L'histoire en général, celle des religions en particulier, n'a pas toujours été sainte ; elle a été au contraire souvent violente et sanglante. Cela vaut aussi bien pour le christianisme que pour l'islam, même si les corpus fondateurs divergent complètement sur l'usage de la violence : «Remets ton glaive à sa place, ordonne Jésus, car tous ceux qui auront pris le glaive périront par le glaive» (Matthieu 26,53) ; «Permission est donnée à ceux qui combattent pour avoir subi l'iniquité» (sourate XXII, verset 39). Qu'importe si ce verset coranique est le premier autorisant la lutte défensive, après 70 autres proscrivant la violence. Le fait est que la position coranique est ici aux antipodes de la position néotestamentaire. Cet interdit clairement exprimé n'a du reste pas prémuni les ouailles de Jésus de la tentation belliqueuse puisque, de persécuté, le christianisme est devenu lui-même persécuteur après la conversion de Constantin, lorsque l'Empire romain a fait de l'enseignement évangélique une idéologie dominatrice et totalitaire.
Pour revenir dans l'histoire, pour s'inscrire dans la modernité, pour conjurer les démons de l'intégrisme, pour éviter le «choc des civilisations», l'islam doit subir cette défaite victorieuse infligée par les Lumières, comme jadis et naguère le christianisme. C'est à cette seule condition qu'il sortira du magma chaotique dans lequel les intégristes veulent le maintenir. C'est alors que sera possible un dialogue des religions et des civilisations authentique, sans concession et néanmoins fraternel, comme le suggère Benoît XVI, et non point syncrétique et vaguement oecuménique, comme c'est le cas depuis le concile de Vatican II.
Ce dialogue doit avoir pour vocation la tolérance, et pour fondement, la connaissance. C'est que l'ignorance de l'islam par les chrétiens et l'ignorance encore plus abyssale du christianisme et du judaïsme par les musulmans couvent des malentendus et même des conflits redoutables. D'où ce besoin urgent et vital de connaître les autres religions, besoin auquel appelait il y a déjà fort longtemps le grand théologien Max Müller : «Celui qui ne connaît qu'une religion n'en connaît aucune.» »


Mezri Haddad
Philosophe tunisien, spécialiste de théologie comparative. Dernier ouvrage paru : Dialogue des religions d'Abraham pour la tolérance et la paix (collectif, sous la direction de H. Fantar), éd. Université de Tunis El-Manar, 2006
Par Haim - Publié dans : Philosophie
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

à voir



Rah'em

Pour ne pas oublier que ce qui se passe à Sderot a commencé par l'évacuation du Goush Katif.


Evacuation de Névé Dékalim en 2005

Images

Présentation

W3C

  • Flux RSS des articles
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés